Analyse du maillage productif local et résilience alimentaire

Publié le vendredi 13 novembre 2020 à 06:33 , mis à jour le vendredi 13 novembre 2020
4 mins

Dans un précédent article nous vous avons présenté quelques pistes pour analyser la résilience productive d’un territoire à partir des données ouvertes et de l’IA. J’ai découvert avec beaucoup d’intérêt le travail réalisé par les Greniers d’Abondance qui offre la possibilité de calculer différents scores relatifs à la résilience d’un territoire avec leur outil opensource CRATer. Dans une élégante présentation le site fournit les données relatives à une commune, une communauté de commune, un département, une région ou la France entière.

La résilience alimentaire

Exemple des données CRATer sur la région Auvergne Rhône-Alpes

La résilience alimentaire est définie sur le site des Greniers d’Abondance comme « la capacité d’un système alimentaire et de ses différents éléments constitutifs à assurer la disponibilité d’une nourriture adaptée, accessible et en quantité suffisante pour tous, dans un contexte de perturbations variées et imprévisibles« . A partir du site CRATer on peut obtenir des données sur le système alimentaire d’un territoire en mettant en perspective les capacités productives et les besoins de consommation humaine et animale. Les capacités productives sont réalisées à partir des surfaces de terres agricoles et de leur capacité productive.

Exemple de diagramme proposé par CRATer, présentant la production et les besoins d’un territoire

Le site propose également de nombreuses données : sur la proportion de surfaces en bio, sur la diminution des terres agricoles, sur le score de Haute Valeur Naturelle, sur l’évolution de la population agricole, et prodigue pour chaque indicateur, des conseils à destination des collectivités pour s’améliorer.

Productions agricoles ciblées par CRITer

Analyse de la maille locale et résilience alimentaire

En complément de l’analyse de résilience alimentaire qu’offre le logiciel CRITer, la modélisation du tissu productif permet d’enrichir les données en tenant compte de la maille locale des établissements.

Pour identifier précisément les établissements fabriquant les produits ciblés par le logiciel ou des produits entrant dans leur fabrication, nous nous appuyons sur un fichier de correspondances fourni par l’Insee (« Nomenclatures_NAF_et_CPF_Edition_2019.pdf »). Les produits sont identifiés dans ce fichier selon la nomenclature CPF6 et les secteurs d’activité selon la nomenclature NAF.

Si nous prenons l’exemple des céréales, nous pouvons rechercher dans le fichier de correspondances les codes d’activités et les produits correspondant à cette filière.

Activité (NAF)LibelléDescription
01.11ZCulture de céréales (à l’exception du riz), de légumineuses et de graines
oléagineuses
Cette sous-classe comprend toutes les formes de culture de plein champ de céréales, de
légumineuses et de graines oléagineuses. Ces cultures sont souvent combinées au sein des unités
agricoles.
01.64ZTraitement des semencesCette sous-classe comprend l’ensemble des activités de traitement primaire des récoltes visant à
améliorer la qualité des semences en les débarrassant des impuretés, des éléments de trop petite
taille, des éléments endommagés par les traitements mécaniques ou par les insectes et des
semences immatures ou encore en enlevant la moisissure afin de garantir des bonnes conditions
d’entreposage. Cette activité comprend le séchage, le nettoyage, le triage et le traitement des
semences jusqu’à leur commercialisation. Elle s’applique aussi aux céréales génétiquement
modifiées.
10.61AMeunerieCe groupe comprend la mouture de farines ou de semoules à partir de céréales ou de légumes, la
mouture, le nettoyage et le polissage du riz, ainsi que la fabrication de mélanges de farines ou de
pâtes préparés à partir de ces produits. Ce groupe comprend également la mouture du maïs et des
légumes par voie humide et la fabrication d’amidon et de produits amylacés.
10.61BAutres activités du travail des grainsCe groupe comprend la mouture de farines ou de semoules à partir de céréales ou de légumes, la
mouture, le nettoyage et le polissage du riz, ainsi que la fabrication de mélanges de farines ou de
pâtes préparés à partir de ces produits. Ce groupe comprend également la mouture du maïs et des
légumes par voie humide et la fabrication d’amidon et de produits amylacés.
11.06ZFabrication de malt
Tableau des codes d’activités et codes produits, exemple d’une partie de la filière des céréales

Nous sommes alors en mesure de construire un fragment du graphe des hiérarchies productives, dans lequel les secteurs d’activités sont reliés entre eux en fonction des intrants.

Graphe de hiérarchie productive céréalière – Source OpenSudioUCA

Ensuite, à partir de la base sirene des établissements français, nous pouvons identifier les établissements des secteurs d’activités « Culture de céréales » (01.11Z), « Meunerie » (10.61A), « Autres activités du travail des grains » (10.61B) et « Fabrication du malt » (11.06Z). En utilisant le service de l’IGN, nous pouvons géolocaliser les établissements à partir de leurs adresses.

La base sirène contenant l’historique des ouvertures et fermetures d’établissements en fonction des années, il serait donc interessant de reconstruire rétroactivement la géolocalisation des établissements pour analyser l’évolution du maillage productif de la filière en fonction du temps.

Géolocalisation dans la région Rhône Alpes Auvergne des cultures de céréales (01.11Z) et les échanges potentiels avec les établissements les plus proches de meunerie (10.61A) et autres établissements de travail des grains (10.61B) – Source OpenStudio/UCA

La prise en compte de la maille locale des établissements dans l’analyse de la résilience alimentaire d’un territoire offre des perspectives interessantes et complémentaires à l’approche CRITer. Elle identifie précisément les activités des établissements (savoir « qui fait quoi ») et favorise également la collaboration entre les acteurs : recherche de fournisseurs ou de distributeurs. Cette analyse locale des établissements peut affiner les analyses des forces et les faiblesses d’une filière et guider des décisions publiques ou privées ciblées dans le sens d’une amélioration de la sécurisation alimentaire d’un territoire.

Références

Les greniers d’abondance, Lallemand, F., & Grimonpont, A. (2020). Vers la résilience alimentaire: Faire face aux menaces globales à l’échelle des territoires.
Tendall, D. M., Joerin, J., Kopainsky, B., Edwards, P., Shreck, A., Le, Q. B., Kruetli, P., Grant, M., & Six, J. (2015). Food system resilience: Defining the concept. Global Food Security, 6, 17–23. https://doi.org/10.1016/j.gfs.2015.08.001