Stéphane Vray : « Faire travailler l’humain et l’Intelligence Artificielle en collaboration » (Interview)

Publié le jeudi 26 novembre 2020 à 12:34 , mis à jour le vendredi 08 janvier 2021
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Délégué général du Medef Haute-Loire, Stéphane Vray nous donne sa vision de la résilience productive sur son territoire, et comment elle s’est révélée pendant la crise sanitaire. Pour lui, l’ Atlas de la résilience productive, l’outil d’Intelligence Artificielle développé par OpenStudio et l’Université Clermont-Auvergne, est une formidable chance pour améliorer les synergies locales entre les entreprises.

Pouvez-vous nous présenter votre structure ?

Le Medef Haute-Loire compte 365 adhérents sur trois bassins de vie : le bassin ponot, le bassin brivadois et l’Est du département. La Haute-Loire est un département très rural mais à forte vocation industrielle notamment dans l’Est, avec un poumon industriel tourné vers la plasturgie et plus particulièrement l’extrusion du polyéthylène, c’est d’ailleurs le plus gros point de France en tonnage de plastique. Comme tout syndicat professionnel, nous avons trois missions : la défense et la représentation de nos adhérents, nous avons aussi une fonction de club d’entreprises pour que les gens se rencontrent, se connaissent et arrivent à travailler entre eux, et enfin nous veillons à la montée en compétence de nos adhérents sans nous substituer aux cabinets privés. Tout ceci s’articule autour de nombreux clubs différents et à peu près une quarantaine de réunions à l’année.

Quelles ont été les actions mises en place par le Medef Haute-Loire pendant la crise sanitaire ?

Nous nous sommes tous retrouvés dans la même situation le 16 mars après le discours du Président Macron, il a fallu bien évidemment trouver d’autres façons de travailler. Nous nous sommes mis en état d’urgence et nous avons essayé de travailler de chez nous. Le Medef Haute-Loire est une toute petite structure avec un délégué général, une assistante à temps partiel et une chargée de mission qui aide les entreprises à recruter. Notre première mission a donc été d’informer nos adhérents, d’essayer de les rassurer, participer aux réunions auxquelles nous avons été invités par les pouvoirs publics et faire remonter ensuite les informations. Nous avons vraiment eu ce rôle de lien, mais nous avons également essayé d’aider au mieux nos adhérents en leur fournissant du gel hydroalcoolique, des masques, tout ce dont ils ont pu avoir besoin pour faire face à cette situation inédite.  

« Une entreprise qui faisait de la façon dans le textile a créé des ateliers avec une personne à la manœuvre, et a pu dès le 23 mars proposer des masques, ce qui a permis à pas mal de nos entreprises de pouvoir redémarrer leur activité. » Stéphane Vray

On définit la résilience productive comme la capacité d’un territoire ou d’une entreprise à mobiliser des actions, des synergies de manière agile, pour répondre à un choc ou trouver de nouveaux débouchés, comment se manifeste cette résilience productive au sein des adhérents du Medef Haute-Loire ?

Il y a eu de très belles histoires de résilience pendant le confinement. Des entreprises qui fabriquaient de la liqueur, des spiritueux ou des cosmétiques se sont mis à faire du gel hydroalcoolique parce que tout le monde en avait besoin. Une entreprise qui faisait de la façon dans le textile a créé des ateliers avec une personne à la manœuvre, et a pu dès le 23 mars proposer des masques, ce qui a permis à pas mal de nos entreprises de pouvoir redémarrer leur activité. Une entreprise qui avait perdu depuis 5 ans un appel d’offre sur les élastiques qui tiennent aujourd’hui nos masques jetables, a réinvesti pour pouvoir produire à nouveau en France, et on espère que cette production restera. Dans une entreprise de plasturgie, un chef de production en a eu marre de voir à la télévision des soignants avec des sacs poubelles en guise de protection, il a donc mis en route le développement d’une nouvelle production en 3 jours, en collaborant avec un centre hospitalier, et a produit jusqu’à 250000 blouses par jour. Il y a encore plein d’autres exemples d’adhérents qui ont su s’adapter, créer des drives, des livraisons, qui ont mis en place des plexiglass, sans compter évidemment tous ceux qui ont continué à faire leur travail : les entreprises de l’agroalimentaire, des transports, les GMS, les commerces de proximité, les pharmacies, et j’en oublie surement…mais ce sont eux qui nous ont permis de continuer à vivre, et c’est ce qu’on appelle de la résilience sur notre département.

Ajouter de l’intelligence artificielle permettra de gagner du temps pour savoir où trouver des compétences particulières, des matières particulières, un savoir-faire particulier.

Stéphane Vray, Délégué général du Medef Haute-Loire

À votre avis, comment l’ « Atlas de la résilience productive » pourrait accompagner l’ensemble des entreprises du Medef Haute-Loire, sur cette voie de la résilience productive ?

Je pense que l’ « Atlas de la résilience productive » peut permettre d’ « industrialiser », ce que l’on sait déjà faire de façon artisanale au Medef, mais sans forcément le remplacer. Je m’explique : nous, à notre petit niveau nous essayons de créer des synergies entre adhérents pour qu’ils puissent aller chercher chez leurs voisins, ce qu’ils allaient peut-être chercher à l’autre bout du monde. Nous avons créé en Haute-Loire le club Génération Medef pour que les jeunes chefs d’entreprise se rencontrent entre eux, parce que cette nouvelle génération allait souvent acheter de l’autre côté de nos frontières certaines choses que leurs voisins pouvaient faire. Pourquoi nous avons créé un club business dans l’Est du département ? C’est aussi pour que les gens se rencontrent, se connaissent, puissent parler de problématiques communes mais aussi puissent monter des projets ensemble. Mais ces actions, on ne peut les réaliser qu’à un niveau très local, plus vous mettez de gens dans la salle, plus les échanges sont compliqués. Donc c’est vrai qu’il faut arriver à créer cette synergie à plus grande échelle et cet atlas sera un outil puissant dans ce sens. Evidemment il ne remplacera pas l’humain, et ça serait complétement dommage, mais ajouter de l’intelligence artificielle permettra de gagner du temps pour savoir où trouver des compétences particulières, des matières particulières, un savoir-faire particulier. En cartographiant toutes ces choses-là, l’atlas va pouvoir améliorer notre façon de travailler au Medef et dans d’autres organisations pour créer cette synergie. Faire travailler l’humain et l’IA en collaboration, voilà ce que je trouve assez intéressant dans cet outil.