Initiation à la philosophie Open Source

Publié le mardi 08 juin 2021 à 17:32 , mis à jour le mercredi 21 juillet 2021
9 mins
@OpenStudio

Diffusion, partage et collaboration sont quelques valeurs primordiales au cœur des créations open source ; “Un pour tous, tous pour un” disait D’Artagnan. Véritable eldorado de la liberté et de la contribution, l’open source est une philosophie pour les développeurs et autres créateurs de contenus libres, même au-delà du secteur informatique. Cependant, ces projets disponibles à tous, posent des questions financières et de licences par rapport à un code public ou souvent gratuit. 

Que signifie « Open Source » ?

Dans l’écosystème informatique, l’open source permet d’aider les développeurs à aller plus vite dans leurs réalisations. Ils peuvent récupérer un code ouvert pour l’enrichir et en faire un nouveau produit adapté pour leurs propres usages. Basé sur un code source, un projet libre peut être consulté, utilisé, modifié et partagé par n’importe qui. La collaboration offre alors des logiciels complets aux fonctionnalités multiples. 

Pour une utilisation libre, les licences open source ont été mises en place par des instances telles que l’OSI (Open Source Initiative) l’ASF (Apache Software Foundation) ou encore la FSF (Free Software Foundation). Une fois “licencié” selon certaines conditions prédéfinies, un logiciel peut être dit “open source” et permettre une réutilisation du code source (code original). Utiliser, modifier, distribuer et publier sont les quatre libertés offertes par les licences open source. 

Élément fondamental du paysage numérique mondial, les créations ouvertes ont déjà fait leurs preuves et continuent d’attirer de plus en plus les développeurs et les professionnels de l’industrie. Définis par une philosophie du partage et de la collaboration, les logiciels open source permettent plus de flexibilité mais apportent avec eux un questionnement complexe pour de nouveaux business model.

Histoire de l’open source et du logiciel libre

Entre open source et logiciel libre, l’ambiguïté perdure depuis près de 30 ans puisque leur définition n’est finalement pas si éloignée. Rupture philosophique plus que pratique, c’est aujourd’hui cette différence d’état d’esprit qui façonne le paysage numérique du libre pour les particuliers et les entreprises.  

Dès 1982, Richard Stallman, fondateur de la FSF, pensa la notion de logiciel libre et ses possibilités pour les utilisateurs d’utiliser, d’étudier, d’améliorer, de modifier et de redistribuer un code informatique. Les premiers logiciels libres virent alors le jour avec l’envie de partage et de collaboration ; des valeurs philosophiques et politiques d’ouverture pour développer ce secteur. 

Linux, symbole du libre, fut lancé en 1991 par Linus Torvalds, jeune étudiant à l’université d’Helsinki. Ce système d’exploitation type Unix est un des piliers de l’open source, regroupant encore aujourd’hui des millions d’utilisateurs. Il reste néanmoins minoritaire comparé aux classiques Windows ou Mac OS généralement pré-installés sur les machines commercialisées. 

Le “free software” induit la double idée d’un logiciel à la fois “libre” et “gratuit”. L’expression “open source” apparaîtra en 1998 pour détacher le libre du gratuit. L’objectif est d’attirer les investissements dans des logiciels aux codes ouverts mais qui pourraient s’avérer économiquement viables. L’open source se détache alors de la philosophie du libre strictement gratuit pour se tourner vers de nouvelles méthodes de développement et de diffusion. C’est l’OSI, projet lancé par Bruce Perens et Eric Steven Raymond, qui aura pour volonté principale la liberté d’accéder aux sources des programmes, sans pour autant englober toute la philosophie du libre. Cette instance délivre des labels aux solutions open source vérifiées, notamment pour éviter les abus des codes sources consultables sous conditions. 

Distinction entre logiciel libre et non-libre – Vie & Sciences de l’entreprise

En matière de développement de logiciel (tout type confondu), l’Amérique du Nord est largement présente sur le marché avec 3/4 des créations. Ne pouvant concurrencer ces créations majoritairement privées, l’Europe riposte avec l’open source. Selon Nordine Benkeltoum, 71 % des développeurs de logiciels libres sont européens contre seulement 13 % de nord-américains. Grâce à cette force de frappe, des logiciels open source atteignent un niveau d’expertise suffisant pour être utilisés par des industries internationales ou des pays (la France s’ouvre depuis 2017 à l’open source et développe son propre Socle Interministériel de Logiciels Libres : SILL). 

“Pratiquement tous les logiciels libres sont « open source » et presque tous les logiciels « open source » sont libres” 

Free Software Foundation, 2009 cité par Nordine Benkeltoum

L’open source est une désignation pour une méthode de développement et de diffusion d’un logiciel. Il éloigne la question philosophique prônée par la FSF afin de tirer pleinement parti des avantages du libre pour les marchés économiques. Les logiciels ouverts permettent de trouver de nouvelles manières de résoudre les problèmes auxquels font face les industriels avec leurs productions. 

“La définition du logiciel libre décrit les conditions à remplir pour qu’un logiciel soit considéré comme libre. Nous la révisons de temps à autre pour apporter des clarifications ou résoudre des questions portant sur des points difficiles. L’“open source” est quelque chose d’autre : il a une philosophie très différente basée sur des valeurs différentes. Sa définition pratique est différente également, mais presque tous les programmes open source sont en fait libres.” 

Définition du logiciel libre – gnu.org

Les licences libres et open source 

Avec cette marque délivrée par l’OSI, l’ASF ou encore la FSF entre autres, le code open source est explicitement libre sans répercussions juridiques. Ces licences servent à ceux qui reprendront le projet à savoir qu’ils peuvent librement l’utiliser, le modifier et le partager sans déverser de « droits d’auteurs ». Le créateur garde ses droits mais fait savoir qu’il laisse volontairement ses lignes de codes en libre accès. Sans licence, pas de projet open source, car par défaut le droit d’autre prévaut. Pour certifier les projets libres, certaines règles sont définies par l’Open Source Initiative. L’accès au code source n’est pas la seule condition pour déterminer un projet libre, 10 critères sont à remplir : 

  1. La redistribution libre du code ; 
  2. La distribution avec le code source, sinon facilement retrouvable sans frais (téléchargement internet par exemple) ;  
  3. L’autorisation de modifications et d’œuvres dérivées ; 
  4. Le maintien de l’intégrité du code source ; 
  5. L’inclusion de tous les groupes de personnes ;   
  6. Permettre d’utiliser le programme dans tous les domaines d’activité ;  
  7. Les droits du programme doivent s’appliquer à tous ceux à qui il est redistribué ; 
  8. Ne pas être spécifique à un produit ; 
  9. Ne pas exiger qu’un autre programme distribué sur le même support soit un logiciel open source ; 
  10. Être technologiquement neutre.  

Les différents types de licences 

Les licences open source sont multiples avec des inter-compatibilités possibles entre elles qui permettent notamment des regroupements de codes, des ramifications et des “forks”. Une première licence est le “Copyleft” (“copie laissée”) qui permet de rendre libre d’utilisation et de modification le programme informatique. Le Copyleft interdit cependant la réutilisation du code pour en faire un privé. Ainsi, le logiciel est soumis au droit d’auteur, ce qui protège son créateur, mais assure les libertés open source des utilisateurs qui y ont accès.  On parle alors de licence contaminante, car tout le projet hérite de la licence.

Un florilège de licences existe avec leurs propres subtilités. Parmi elles, la MPL, DSL, ODbL, GFDL, MIT, CeCILL, et d’autres noms acronymiques. Les plus utilisées sont la GPLLGPLApache 2.0 ou encore GNU qui comprennent à elles quatre plus de la moitié des logiciels open source existants. Les licences imposent un modèle de partage choisi par le créateur du projet et une certaine garantie de disponibilité pour l’ensemble des utilisateurs. 

@GDJ – Pixabay

 

L’open source permet donc un large éventail de possibilités comparé à une utilisation d’un logiciel à licence fermée, lequel interdit les modifications. Ce système ouvert définit une nouvelle économie d’utilisation du logiciel dépendant de la vente de prestations, et non plus de celle des licences d’utilisation. De plus, n’importe quel amateur de développement peut voir, utiliser, modifier et redistribuer un code source ouvert et ce, sans limite ou domaine d’activité précis en respectant les autorisations et licences open source du code initial. 

L’Open source est-il un choix évident pour les entreprises ? 

Selon une étude du Teknowlogy Group pour le Conseil National du Logiciel Libre (CNLL), “le marché français de l’open source est le plus important en termes de volume par rapport aux autres grands pays européens”, avec notamment +8,6% de créations de solutions libres entre 2019 et 2020. L’étude prévoit, en France, une croissance annuelle de 8,8% (entre 2019 et 2023) pour atteindre près de 7,3 milliards d’euros en 2023. L’open source représente aujourd’hui 11% du marché des services informatiques du pays, chiffre minoritaire par rapport aux solutions privées, plus utilisées. 

Avantages et inconvénients à considérer

Avec une transition numérique accélérée ces dernières années, les logiciels open source se sont fait une place de choix en offrant une liberté d’exécution pour les entreprises qui peuvent adapter une même solution à plusieurs domaines ou chaînes de production. Elles ont désormais de nouvelles alternatives adaptées pour plus de marge de manœuvre. E-commerce, sécurité, qualité ou créations originales, l’open source permet une réparabilité facilitée ou une personnalisation développée. Selon l’étude Illuminas pour RedHat en 2021, les principaux avantages de l’open Source d’entreprise sont les logiciels de meilleure qualité pour 35% des responsables informatique sondés, plus innovants (33%), plus sécurisés (30%). Cependant, des obstacles sont aussi perçus : assistance trop faible (42%), manque de compatibilité (38%), ou manque de compétences internes (35%) qui oblige l’intervention de tiers et donc des frais supplémentaires à engager. Toujours selon l’étude, 64% de ceux qui ont déjà fait le premier pas vers les logiciels libres trouvent une modernisation de leur infrastructure. Ils gagnent en rapidité de production de logiciels, de sites, ou autres et ouvrent l’entreprise vers plus de compétitivité. 

Ainsi, un projet open source profite d’un écosystème dynamique ou encore d’un large éventail de briques disponibles déjà conçues. Tout peut être open source : des codes informatiques, des plans de maquette ou encore des livres et des jeux-vidéo par exemple, sans oublier les datas publiques (open data).

Les succès de l’Open Source

LinuxMozilla FirefoxVLC ou encore Libre Office sont quelques-unes des solutions open source qui façonnent le paysage informatique depuis plusieurs années déjà. Système d’exploitation, moteur de recherche, lecteur, traitement de texte, tout y passe et tout évolue selon les usages. VLC, lecteur français aux plus de 3 milliards de téléchargement dans le monde, est un exemple de ce que représente l’open source au niveau mondial. Depuis 20 ans, il a subi un nombre considérable de modifications, d’améliorations et de rectifications pour s’adapter aux supports et aux mises à jour des systèmes d’exploitation. 

En début d’année, WhatsApp (logiciel de messagerie au code “fermé” donc privé) annonçait de nouvelles conditions d’utilisation entraînant une fuite (et vente) de données vers Facebook et ses partenaires. Mis en application ce 15 mai, un véritable exode a eu lieu vers une autre application, Signal, boosté par un tweet d’Elon Musk du 7 janvier 2021. Signal est open source et démontre une utilité numérique de ce domaine qu’est l’open source pour empêcher les fuites de données de part son système ouvert, “non-lucratif ». 

Source : Tweeter – Elon Musk

Quel Business model avec l’open source ? 

Une solution open source, si elle est libre et souvent gratuite en terme de licence pour ceux qui en profitent, nécessitent des coûts de support et d’investissement pour l’éditeur. En résumé, comment créer du business avec l’open source, pour continuer à faire de l’open source ?

Pour s’auto-financer, il est possible de proposer un logiciel de base totalement open source et gratuit, et d’ajouter à son offre des abonnements (SAAS) pour faire bénéficier aux utilisateurs de certaines fonctionnalités ou services avancés, comme le fait WordPress par exemple. Ces coûts supplémentaires restent très généralement inférieurs aux coûts des produits sous licence.

De son côté, Michael Widenius créateur finlandais de MySQL (gestionnaire de base de données) exposait sur TEDxVasa plusieurs business model autour de l’open source, et notamment l’Open Core (“Cœur Ouvert”) : modèle économique qui consiste à partager le noyau d’un projet et de vendre des logiciels annexes, comme des bonus pour une meilleure expérience.

@Étude Cigref – “L’open source, une alternative aux grands fournisseurs” 

L’esprit open source selon OpenStudio 

OpenStudio s’engage dans l’open source pour chaque projet avec des créations logicielles ou plus concrètement son CMS fait-maison : thelia. Accessible gratuitement et librement cette solution de conception de sites e-commerce possède sa propre librairie de modules. Ce CMS n’a cessé d’avancer et de s’adapter aux nouveaux usages, depuis sa création en 2005.

Contributeur de l’open source avec thelia 

Richard Stallman lors de la Rencontre Mondiale du Logiciel Libre en 2011

« Sur-mesure » et doté d’une grande souplesse de programmation, le CMS édité par OpenStudio s’adapte selon les demandes et joue de l’open source pour se développer et aller toujours plus loin. Ainsi, ils proposent de nouveaux outils ou applications grâce au framework Symfony 5 ou aux briques de React.js, deux “bibliothèques” de codes en appui pour ces professionnels. 

“En tant qu’éditeur de thelia, nous restons maîtres de la roadmap du CMS est sommes libres de faire les choix techniques nécessaires pour le faire évoluer et pour répondre aux demandes des e-commerçants. L’open source est une aide, pas une contrainte.”  

Cédric Sibaud, Directeur commercial associé OpenStudio

Favoriser l’open source pour ses productions 

Outre sa contribution à l’open source via thelia, mais aussi grâce à ses projets d’innovation (Lab IA), OpenStudio favorise également les logiciels open source dans le développement de ses solutions sur-mesure. Les équipes d’OpenStudio se servent des créations existantes des communautés pour répondre aux attentes des clients. Des logiciels comme un CRM sur-mesure pour DORTHZ ou encore une plateforme RH en SAAS pour K-DIX sont des exemples de mise en pratique de l’open source. 

Une philosophie du libre pour OpenStudio 

L’open source intègre d’autres avantages au-delà de l’unique conception logicielle. Cette volonté du libre raisonne aussi dans la réponse d’OpenStudio pour ses clients professionnels. Adaptées aux usages actuels (PHP, Symfony et React.js par exemple), les créations OpenStudio ne bloquent pas ses clients à n’échanger qu’avec le créateur. Ils ont une pleine liberté de modifier les développements réalisés à l’origine par OpenStudio, ou d’internaliser la maintenance de leur outil. En un mot, l’indépendance. 

Diffusion, partage, collaboration, liberté et contribution sont les vecteurs d’une philosophie applicable mais encore peu enseignée face aux programmes privés. Un code public et souvent gratuit pose aussi la question d’un changement de paradigme et de modèle économique pour une entreprise. Comment concilier ouverture vers l’extérieur et prospérité ? Certains auront alors préféré développer leur activité avec pour force de frappe une communauté de développeurs actifs et volontaires, en proposant également un service de maintenance ou de nouvelles techniques de création. C’est le choix qu’a voulu faire OpenStudio pour ses activités en utilisant et contribuant au monde du libre. Une volonté de liberté pour les clients et pour l’entreprise elle-même en décloisonnant les possibilités de privatisation.