Le Numérique Responsable, une démarche d'amélioration continue

Publié le 08 juillet 2022
8 minutes de lecture
Person using a laptop computer with green leaves

Green Tech, éco-gestes ou sobriété numérique, éco-conception des sites web… ces notions sont, heureusement, de plus en plus revendiquées, mais à tel point qu’il devient parfois difficile de s’y retrouver.
C’est pourquoi de nombreux acteurs, dont OpenStudio, ont choisi de se réunir et de se placer sous la bannière du « Numérique Responsable ».
Mais de quoi le numérique responsable est-il le nom et en quoi transforme-t-il en profondeur notre rapport au numérique, notamment pour des entreprises de ce secteur comme OpenStudio ?

Dans un monde aux ressources finies et profondément transformé par la digitalisation, face au défi de la transition écologique et énergétique, nous avons assisté à une prise de conscience et une remise en question des pratiques chez les acteurs du numérique.
Une éthique, c’est-à-dire des valeurs, et une déontologie, c’est-à-dire un ensemble des règles, s’articulent désormais au sein d’un nouveau concept, le « Numérique Responsable ».

Il s’agit d’une démarche d’amélioration continue qui s’inscrit résolument dans la politique RSE des organisations et qui à ce titre, doit concilier les trois enjeux clés « People, Planet, Profit ».
De manière plus pragmatique, la responsabilité de toute entreprise aujourd’hui est de minimiser les impacts négatifs et de maximiser les impacts positifs de son activité sur la société et pour l’environnement.

Le constat d’un numérique devenu « hors de contrôle » ?

La révolution énergétique et la révolution digitale n’ont jamais été aussi liées. Les rapports successifs de la Conférence des parties (COP) ne cessent de tirer l’alarme sur le dérèglement climatique dû à l’activité humaine et ses habitudes de consommation polluantes. L’usage des énergies fossiles est encore trop répandu et les énergies bas carbone ne les ont pas encore remplacées de façon à réduire les émissions de gaz à effet de serre.
Le numérique de son côté est un formidable outil qui a pris énormément de place dans notre vie quotidienne. Il est source de nombreuses innovations dans tous les domaines et il peut même apporter des solutions vertueuses dans celui de la transition énergétique.
Cependant le poids du numérique sur l’environnement est loin d’être négligeable et les usages digitaux ont une croissance vertigineuse.

Source : www.label-nr.fr

L’empreinte environnementale du numérique

En réalisant l’analyse du cycle de vie d’un service internet, on peut distinguer 3 sources de pollution : les terminaux, les centres de données et les réseaux de distribution.
La plus grande partie de l’empreinte carbone de ce cycle de vie provient de la fabrication des terminaux (79% selon une étude portée par l’ARCEP et l’ADEME). Cela signifie que l’action la plus déterminante viendra de l’utilisateur via la conservation d’un terminal le plus longtemps possible.

Dans un rapport mené par l’ARCEP en 2021, plusieurs acteurs s’accordent à dire qu’un smartphone devrait avoir une durée de vie de 8 à 10 ans afin de prendre en compte l’amortissement des effets environnementaux générés par leur fabrication. Or la durée de vie moyenne mesurée actuellement est de 23 à 40 mois (souvent provoquée par l’obsolescence logicielle ou culturelle, c’est-à-dire l’expérience promise par les nouvelles gammes).

Le constat est donc sans appel : les effets indésirables ou les impacts négatifs du numérique sont nombreux, réels et divers. Et ils sont susceptibles de se manifester à chaque étape de ce qu’on nomme le cycle de vie du produit ou du service : depuis la conception (voire lors de la définition des besoins) à la fabrication, mais aussi lors de l’exploitation ou de la maintenance, ou encore, en fin de vie.

Des journalistes, chercheurs, associations, entreprises privées, sans oublier les services de l’État, se sont inquiétés de cette empreinte grandissante du numérique. Au travers de courants complémentaires et convergents, des acteurs du secteur ont construit une approche globale, rigoureuse et pratique qui permet aux organisations de s’engager sur une voie d’amélioration permanente, le « Numérique Responsable ».

Le Numérique Responsable : valeurs et méthode

Bien évidemment, pour une organisation comme OpenStudio, une démarche numérique responsable est intrinsèquement liée à la notion de responsabilité sociétale de l’entreprise (RSE), qui lui assure un fondement :

La RSE nous invite à « prendre en considération l’écosystème social et environnemental dans lequel [nous évoluons] et que représentent les parties prenantes : tout groupe ou individu qui peut affecter ou être affecté par [nos] activités. »

Les fiches outils de la RSE, Farid Baddache, Stéphanie Leblanc, Editions Eyrolles. (p27)

Or nous l’avons évoqué plus haut, le numérique affecte durablement et fortement de nombreuses parties prenantes. C’est pourquoi trois grands axes de travail se dégagent au sein du numérique responsable (source : Site web du Label Numérique Responsable) :

  • le Green IT, dont l’objectif vise à réduire l’empreinte environnementale à l’échelle de tout l’informatique de l’organisation (à l’échelle de la DSI) ;
  • l’IT for Green, courant qui entend mettre et promouvoir le numérique au service du développement durable ;
  • et enfin, la conception responsable des services numériques, qui recouvre à la fois une philosophie, un ensemble de bonnes pratiques et un référentiel qui monte en puissance.

Ce troisième pilier sur l’écoconception a été mis en lumière par la publication en février 2021 de la feuille de route gouvernementale “Numérique et environnement”, qui définit notamment des recommandations écoresponsables dans un Référentiel Général d’écoconception de services numériques (RGESN). Idéalement, ce référentiel doit être intégré dans un cercle vertueux comprenant les référentiels et règlements déjà existants : RGAA pour l’accessibilité, RGS pour la sécurité, RGI pour l’interopérabilité et RGPD pour la protection des données personnelles.

Le RGESN est le fruit du travail mené dans le cadre de la mission interministérielle ”Green Tech”, co-pilotée par la Direction interministérielle du Numérique (DINUM), le ministère de la transition écologique, l’ADEME et l’Institut du Numérique Responsable.

Il est découpé en huit thématiques couvrant l’ensemble des actions pouvant être menées dans la démarche d’amélioration du service numérique (au sens de ses impacts sociaux et environnementaux) :
Stratégie, Spécifications, Architecture, UX/UI, Contenus, Frontend, Backend et Hébergement.

Chaque thématique intègre des critères d’évaluation qui permettent de porter un regard objectif et partagé sur les enjeux et le pilotage de tout projet numérique : les éléments de cadrage du projet, ses objectifs et ses contraintes sur toute sa durée de vie ou encore les solutions d’intégration des différents composants du service (frontend, backend, contenus …).

En somme, ce référentiel nous rappelle que le numérique n’est qu’un moyen, au service d’un objectif tenant compte des contraintes environnementales qui représentent aujourd’hui une condition non négociable. À l’instar de la théorie du donut, un projet numérique responsable doit se déployer entre plancher social et plafond environnemental.

Le RGESN fait écho au guide des bonnes pratiques établi par la mission interministérielle du Numérique Responsable (MiNumEco) lors d’une consultation publique en décembre 2021.

Ces différents guides viennent encadrer la démarche de conception des services numériques afin de la rendre vertueuse et respectueuse des enjeux actuels, on parle alors d’écoconception.

L’écoconception de services numériques

L’écoconception des services numériques est une démarche qui s’inscrit dans un mouvement d’innovation prenant en compte les enjeux actuels – qu’ils soient environnementaux, sociétaux ou économiques – dès la conception d’un produit ou service et sur l’ensemble du cycle de vie. Elle vise directement ou indirectement à allonger la durée de vie des équipements numériques et à réduire la consommation de ressources abiotiques et énergétiques des terminaux, des réseaux et des centres de données.

Cela suppose d’intégrer ces contraintes dans tous les processus de développement, afin de réduire les impacts environnementaux du service numérique pendant son cycle de vie.
Car les impacts du numérique peuvent avoir lieu à toute étape du cycle de vie du service : lors de la définition des besoins, durant la conception, et lors de l’exploitation, de la maintenance, ou de la fin de vie. D’une manière générale, plus cette prise en compte intervient tôt dans le cycle de vie, plus l’effet est important.

Concrètement, cela implique en particulier de s’intéresser aux impacts du web design et du code informatique, en matière :

  • d’environnement en termes de consommation d’énergie, de pollutions écologiques variées (dont les émissions de GES) et de ressources non renouvelables utilisées,
  • d’éthique en tenant compte du respect des données et de la vie privée des utilisateurs, du respect des sous-traitants, etc ;
  • d’inclusion en pensant à tous les publics, par l’intégration native des recommandations d’accessibilité, les bonnes pratiques du web, etc.

Adopter une démarche d’éco-conception c’est agir pour un numérique plus sobre, inclusif et respectueux de ses utilisateurs/utilisatrices.

Dès la collecte des besoins, il faut explorer les options d’innovations frugales, moins consommatrices de ressources et répondant aux stricts besoins exprimés. L’objectif de la sobriété numérique est de trouver le meilleur équilibre entre le niveau de performance attendu et la quantité de ressources nécessaires pour l’atteindre. D’une manière générale, encore une fois, plus cette prise en compte intervient tôt dans le cycle de vie, plus l’effet est important.

On considère que 60% des leviers sont à définir lors de la conception car ils vont permettre de spécifier les outils répondants aux critères majeurs de l’éco-conception. Il s’agit de bien cadrer les besoins pour éliminer les fonctionnalités superflues et se focaliser sur les fonctions utiles, utilisables, utilisées et, autant que possible, réutilisables.

Comme nous le soulignions plus haut, la plus grande partie de l’empreinte carbone du numérique provient de la fabrication des terminaux. Or la durée de vie moyenne mesurée actuellement est d’à peine plus de 3 ans, chiffre qu’il faudrait multiplier par presque 3 pour rendre la fabrication soutenable. La démarche d’écoconception devra donc, en plus de viser la sobriété énergétique, s’assurer que le service permettra un accès à un maximum de terminaux anciens, afin de limiter le besoin de renouvellement matériel des usagers (en mobilité ou non).

Nous l’avons vu, dans l’idéal, l’écoconception interviendra dans tout nouveau projet et ce dès ses premières phases. Toutefois, dans le cadre d’une plateforme numérique déjà existante, il est tout à fait possible d’intégrer les bonnes pratiques d’écoconception sans nécessairement exiger une refonte complète. La mise en œuvre se déroulera alors selon 3 grandes phases :

  • la mesure de l’existant (dans le cas d’un service déjà fonctionnel), phase durant laquelle il s’agira d’estimer l’empreinte environnementale du service afin d’identifier les priorités et de hiérarchiser les axes d’amélioration ;
  • la définition d’une feuille de route qui va déterminer les actions concrètes pour chaque axe d’amélioration prioritaire, ces actions étant fondées sur les référentiels d’écoconception évoqués plus haut ;
  • et enfin le suivi et le maintien dans la durée, afin de contrôler puis d’ajuster, selon le principe bien connu de la roue de Deming pour la gestion de la qualité et l’amélioration continue (méthode dite PDCA pour plan – do – check – act).

Mise en œuvre de l’écoconception, quels sont les atouts ?

Le Numérique Responsable entend répondre aux objectifs sociaux et environnementaux mais il représente indéniablement un levier économique, un levier d’innovation et un levier d’engagement pour l’entreprise.
Avec le recul, la mise en œuvre de l’écoconception d’un service numérique peut s’enorgueillir de divers atouts, notamment :

  • Une amélioration de l’expérience utilisateur
    En interrogeant le parcours utilisateur et en allégeant les éléments de design de l’interface, l’usager du service aura plus de facilité à trouver l’information qu’il recherche.
  • Une optimisation du référencement pour les moteurs de recherche
    Parmi les nombreux critères qui sont pris en compte pour déterminer l’ordre des résultats dans les moteurs de recherche, la rapidité d’affichage des éléments d’un site, sur tous les terminaux, est aujourd’hui un élément crucial.
  • Des économies sur les frais d’infrastructure
    Un site optimisé apportera une économie directe sur les frais d’infrastructure (espaces d’hébergement, utilisation de la bande passante…), particulièrement sur les sites à fort trafic.
  • Une amélioration de l’image de marque
    Face aux dérives du « greenwashing » les marques sont scrutées dans l’ensemble de leur politique. La prise en compte des préoccupations environnementales dans la conception des services numériques accentue l’image d’une marque non seulement engagée mais aussi cohérente.
  • Un levier d’engagement interne.
    L’éco-conception est un fort levier interne de motivation pour les designers et les codeurs. En effet, des décennies de ressources abondantes (énergie, bande-passante, puissance des terminaux…) ont fait oublier des préceptes qui étaient à la base d’un web frugal et résilient. En y revenant, c’est un défi qui permet aux équipes de se remobiliser autour de valeurs fédératrices et d’être fières de leurs livrables.
  • Anticiper les régulations gouvernementales
    En France la loi REEN (loi visant à réduire l’empreinte environnementale du numérique en France) a été adoptée en novembre 2021, elle vise à faire converger la transition écologique et la transition numérique.

En conclusion, engager une démarche de numérique responsable, ce n’est pas seulement « responsabiliser » le numérique face à ses enjeux sociaux et environnementaux.
C’est aussi être responsable d’un numérique qui soit un bien commun et durable.
Pourquoi et pour quoi engageons-nous cette démarche ? Pour qui et avec qui ? Comment, quand, pour combien de temps ? Qui la contrôle et avec quelle gouvernance ?
Pour OpenStudio, entreprise de services numériques, ces questions ne sont pas anodines et il en va donc de notre raison d’être.
Comme le rappelle Vincent Courboulay, co-fondateur de l’Institut du Numérique Responsable : «  Si le numérique incontrôlé peut être un risque, le numérique responsable est une chance. »

Et cette chance renoue également avec la longue histoire de l’Open Source dans laquelle OpenStudio est partie prenante dès l’origine, comme nous l’évoquerons dans un prochain article.

Se sensibiliser au numérique responsable

Voici quelques liens pour poursuivre votre découverte du Numérique Responsable :