Méthode UX : Connaissez-vous le tri de cartes ?
Non, on ne va pas vous parler de poker mais bien d’une méthode utilisée en UX : le tri de cartes. Cette méthode participative invite les utilisateurs à organiser eux-mêmes les contenus de leur site, révélant ainsi leurs logiques de classement et leurs modèles mentaux. Elle constitue un outil précieux pour concevoir ou optimiser une architecture de l’information réellement adaptée à leurs attentes. Notre as de l’UX chez OpenStudio, Anaïs Ducher, a la main pour vous expliquer en quoi consiste exactement le tri de cartes sur un projet web.

Organiser l’information de manière claire et intuitive est un enjeu central en UX. Pourtant, la manière dont les utilisateurs perçoivent et regroupent les contenus ne correspond pas toujours à la logique des équipes de conception. Le tri de cartes est justement la solution pour combler cet écart.
Qu’est-ce qu’un tri de cartes ?
Le tri de cartes est une des méthodes privilégiées en architecture de l’information. Il s’agit d’une démarche participative où chaque participant est invité à organiser des contenus. Cette méthode a pour objectif de comprendre la manière dont les utilisateurs opèrent des regroupements catégoriels, afin de concevoir (ou de revoir) une architecture de l’information qui correspondent au modèle mental des utilisateurs.
A quel moment du projet faire un tri de cartes ?
Deux possibilités :
Cas #1 : En phase de conception
L’objectif sera de déterminer la meilleure architecture d’information.
Cas #2 : Lors d’un audit
Le but sera de tester l’efficacité de l’architecture de l’information.

Comment s’organise un tri de cartes ?
Tout d’abord il faut présenter l’ensemble des contenus (du produit, du site, du service) répartis sur les différentes cartes aux participants (utilisateurs finaux). Ensuite, il y a plusieurs manières de procéder :
Tri de cartes ouvert
Les participants sont invités à regrouper les cartes selon les catégories qui leur semblent les plus logiques, puis nommer ces catégories. C’est la meilleure méthode lorsqu’on part de zéro, sur la conception d’une nouvelle architecture de l’information. Aucune contrainte de classement est imposée aux utilisateurs.
Tri de cartes fermé
Les utilisateurs doivent répartir les cartes dans des catégories pré-existantes. Ce type de tri est adapté pour la refonte de systèmes existants où l’architecture de l’information ne peut pas être totalement modifiée (contraintes techniques, structure imposée par un tiers).
Individuellement ou en groupe
Le plus souvent le tri de carte est réalisé individuellement pour récupérer des données plus fines. Ceci-dit, faire cet atelier en groupe présente l’avantage de faire débattre les participants (chacun exposant les raisons motivées de ses choix).
Quels sont les avantages à réaliser un tri de cartes lors de la conception de son projet ?
Le projet est plus qualitatif parce que le tri de cartes :
- Améliore l’architecture de l’information
Le tri de cartes aide à comprendre comment les utilisateurs perçoivent et organisent les contenus ou fonctionnalités d’un système. C’est une méthode clé pour concevoir une architecture de l’information alignée sur leurs modèles mentaux, à partir de données concrètes. - Implique les utilisateurs
Trier les cartes est une activité ludique pour les participants, qui se sentiront impliqués dans la démarche de conception (particulièrement précieux en cas de conception d’un outil interne). - Fournit un vocabulaire adapté
Le tri de carte donne des informations fondamentales pour définir des rubriques et un vocabulaire d’interface qui parlent à l’utilisateur final. - Réduit la charge cognitive et améliore la “trouvabilité”
Si l’information est bien organisée selon la logique de l’utilisateur, alors celui-ci dépense moins d’effort pour trouver ce qu’il cherche.
Le tri de carte a deux principales avantages pour le porteur du projet :
- Sa simplicité de mise en œuvre : Comparé à d’autres méthodes UX, le tri de cartes est assez facile à mettre en place.
- Sa capacité d’adaptation : Tri de carte ouvert ou fermé, participation individuelle ou en groupe, cette méthode s’adapte au projet.

Du côté du prestataire de service numérique (chez OpenStudio par exemple) :
Une meilleure communication : Les résultats sont faciles à communiquer auprès des clients et constituent des arguments qualitatifs précieux en cas de non-alignement des visions.
Un temps de restitution modéré : La réalisation des ateliers de tri de cartes en ligne permet de réduire le temps (et donc les coûts) de restitution.
Quelles sont les limites de cet outil ?
Le tri ne cartes a ses limites, il ne sert pas à dégager comme par magie l’arborescence d’un site mais plutôt à obtenir des indices pour la construire de la meilleure façon qu’il soit. La conception d’une architecture de l’information relève souvent de plusieurs méthodes simultanées.
Le tri des cartes supprime tout le contexte d’un site web.
Le tri de cartes ne teste pas directement si un utilisateur peut réaliser une tâche complète, ou s’il la trouve dans le contexte réel de l’interface. Il teste principalement la structure de l’information, pas la navigation en contexte.
Il ne permet pas non plus de comprendre la recherche d’un contenu
Cette méthode ne prend pas en compte comment les utilisateurs vont rechercher une information.
Le tri de cartes nécessite du temps
Le traitement et l’analyse des résultats des tris de cartes sont chronophages. Il n’est pas toujours possible de dégager immédiatement une structure de l’information qui fasse consensus pour les utilisateurs.
Les risques de biais
Le premier biais peut être lié à l’animateur du tri de carte : si les cartes ou les étiquettes sont mal formulées/confuses, les résultats seront faussés.
Le deuxième risque de biais porte sur le nombre de participants et leur représentativité. Si on fait peu de sessions ou avec des participants non représentatifs, les “modèles” dégagés peuvent être faux ou peu généralisables. Les résultats sont susceptibles de varier selon les profils d’utilisateurs ou selon la complexité du domaine.
Le troisième biais concerne directement les participants. Les utilisateurs cherchent parfois à reproduire l’organisation hiérarchique de systèmes qu’ils connaissent, sans exprimer leur propre logique de classement.
Le tri de Delphi, la version express du tri de cartes
Pour gagner du temps, il est possible d’utiliser la méthode du tri de Delphi et dans ce cadre les participants reçoivent des cartes déjà triées. Lors de l’atelier, ils commentent et ajustent la structure existante qui s’enrichit progressivement grâce aux retours des participants précédents. Le but est de faire évoluer un modèle unique jusqu’à ce qu’il soit globalement accepté.
Le tri de cartes Delphi se déroule en quatre étapes :
1- Un participant source (utilisateur cible, seul ou en petit groupe) réalise un tri de cartes ouvert classique et propose ainsi une première structure d’information.
2- Le participant suivant examine ce modèle, le commente et le modifie selon sa propre logique il peut l’ajuster ou même le réorganiser complètement.
3- Les participants suivants répètent le processus, chacun travaillant à partir
du modèle issu du participant précédent. Le modèle évolue itérativement en intégrant les apports de tous.
4- Le processus s’arrête lorsque la structure se stabilise, c’est-à-dire qu’aucune modification majeure n’est apportée et qu’un consensus est atteint.
Le tri Delphi économise des ressources à plusieurs niveaux :
– Les participants reçoivent une structure déjà triée, ce qui réduit le temps
de passation et l’effort cognitif demandé.
– Les résultats sont immédiats, car la structure finale se construit par consensus progressif, sans nécessiter d’analyse statistique complexe.
– Un échantillon plus restreint suffit : généralement, 8 à 10 utilisateurs cibles permettent d’obtenir un modèle fiable, soit deux fois moins que pour
un tri classique.
En positionnant les utilisateurs au cœur de la structuration de l’information, le tri de cartes est atout de choix pour construire des architectures plus lisibles et plus intuitives. Qu’il soit utilisé en conception ou en audit, il apporte des repères concrets pour organiser les contenus de manière cohérente et alignée avec les usages réels. Associé à d’autres méthodes, il devient un levier solide pour concevoir des expériences plus claires et plus efficaces.
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