Les enjeux du Numérique Responsable

Publié le mercredi 16 décembre 2020 à 15:00 , mis à jour le mardi 02 février 2021
6 mins
Numérique responsable

Le numérique est en croissance continue depuis sa création, les matériels, les usages et les impacts sont de plus en plus présents dans notre quotidien.
Les défis environnementaux qui accompagnent la transformation digitale sont encore sous estimés et trop souvent mal traités. L’empreinte écologique du numérique risque encore de s’alourdir : boom de la consommation d’énergie, hausse des émissions de gaz à effet de serre, aggravation de la pollution des sols et de l’air, épuisement des ressources non renouvelables, érosion accrue de la biodiversité ou encore gestion de plus en plus difficile de l’extraction et de la fin de vie des équipements.
En tant que société du numérique, et membre de l’alliance Green IT, Open Studio est particulièrement attentive à ces problématiques et à la mise en place d’une démarche d’amélioration continue qui vise à réduire l’empreinte écologique, économique et sociale des Technologies de l’Information et de la Communication (TIC) : le Numérique Responsable.

Cette démarche d’amélioration de notre écosystème numérique, initiée en 2020, avec la certification ISO 9001:2015 (axée sur le pilotage par le Système de Management par la Qualité), se poursuit en 2021 par la labellisation Numérique Responsable.

Le Numérique au sein du Développement Durable

Le développement durable

La prise de conscience de la limite des ressources de notre planète rend nécessaire la mise en place de méthodes permettant la diminution de notre exploitation de ces ressources, afin d’en conserver un usage raisonné et sécurisé, ainsi que le maintien d’un impact réduit sur notre environnement.

Pour résoudre cette problématique, le développement durable cherche à concilier les besoins économiques, les besoins sociaux et les besoins environnementaux actuels en préservant les capacités des générations futures à répondre à leurs propres besoins.

L’enjeu majeur pour nous, sociétés du numérique, est alors de réduire les impacts que provoque notre utilisation du numérique au sein de cet environnement global. Il faut pour cela s’assurer de respecter au mieux les objectifs de développement durable créés par les États membres des Nations Unies.

Le numérique dans le monde en quelques chiffres

Le numérique est une technologie à double visage, comme tout ce qui provient de l’économie humaine, il possède un visage sombre, qui a ceci de particulier qu’il impacte l’environnement tout au long de son cycle de vie. L’extraction des matières premières nécessaires, la fabrication, le transport et l’usage du numérique sont autant d’étapes consommant une grande quantité d’énergie et produisant une pollution importante.

Le numérique représente en 2016, 10% de l’empreinte carbone des Français.

53 Millions de Tonnes de déchets électriques en 2019.

40 smartphones achetés chaque seconde dans le monde.

Youtube, c’est 11,3 millions de eqCO2.

20 kg de déchets par français et par an (dont moins de 20% sont recyclés).

un e-mail c’est 4 g d’eqCO2.

1 salarié français par son utilisation du numérique, émet environ 360 kg d’eqCO2.

800 kg de matières premières pour fabriquer un ordinateur de 2kg.

3,5 litres de pétrole pour fabriquer une cartouche d’encre d’imprimante.

Les emails génèrent 410 millions de tonnes d’eqCO2  par an.

*  l’eqCO2 ou équivalent en CO2, est une unité de mesure des émissions de GES définie par le GIEC permettant une comparaison simple des émissions.

Ces quelques chiffres concernant le numérique montrent aujourd’hui sa propension à la destruction de l’environnement et à la surconsommation des ressources terrestres.

Toutefois, il est important de noter que l’analyse des cycles de vie des différents matériels informatiques (Ordinateurs, Smartphones, Serveurs, etc.), démontre une grande inégalité d’impact entre l’usage et la fabrication.
En effet, jusqu’à 75% de la pollution est générée par la fabrication de ces matériels et non par leur usage, comme c’est le cas pour les téléphones portables comme le souligne le cycle de vie effectué par l’ademe (l’agence de la transition écologique).

Les 3 enjeux du Numérique Responsable

Le Numérique Responsable se définit comme la mise en place du développement durable au sein du numérique. Les trois enjeux principaux, visant à diminuer son empreinte dans le monde, sont par conséquent issus des mêmes enjeux que ceux du développement durable : les enjeux économiques, écologiques et sociales.

L’empreinte économique : 

  • Les équipements, parfois moins robustes, deviennent des biens jetables.
  • La consommation est plus importante car les produits sont plus abordables. C’est ce qu’on appelle « l’effet rebond ».
  • Une forme de pauvreté se crée, via les emprunts nécessaires à l’achat des dernières technologies.

L’empreinte écologique : 

  •  3,8% des émissions des GES mondiales sont générées par le numérique (l’équivalent de l’empreinte de 3 France).
  • 10% de l’électricité produite est consommée par le numérique
  • 53 Millions de Tonnes de déchets électriques en 2019, situés pour la plupart dans des décharges à ciel ouvert.
  • Même si les équipements sont plus efficients, ils sont de par leur nombre croissant, toujours plus impactant pour l’environnement ! 

L’empreinte sociale : 

L’empreinte sociale du numérique est liée en partie à différents facteurs :

  • Dans certains pays, sur l’ensemble de la chaîne de production des équipements, les droits des travailleurs ne sont pas respectés. 
  • Le numérique peut être addictif et nous isoler socialement.
  • Des effets néfastes sur la santé de nos écrans et de leurs ondes (DAS), sont suspectés.
  • Le numérique isole les personnes qui ne savent pas s’en servir ou vivent dans des zones géographiques non couvertes. On parle de fracture numérique.

Les intervenants du numérique responsable en France et en Europe

L’INR, sa Charte du Numérique Responsable et son Label

L’Institut du Numérique Responsable est une structure associative et collaborative, née en 2018, dans l’optique de devenir un acteur de référence rassemblant entreprises et organisations autour de l’expérimentation et la promotion de bonnes pratiques pour un numérique plus régénérateur (terme datant de 1920 aux USA repris récemment et incluant le collaboratif, le circulaire, l’usage, la relocalisation, la frugalité), inclusif et éthique.

Cet Institut a conçu une charte du numérique responsable en 5 points que s’engagent à suivre les signataires. C’est une première étape vers le label du Numérique Responsable (opéré par l’agence Lucie).

En signant cette charte, les entreprises s’obligent à respecter 5 principes :

1 – Parce que le numérique est un acteur majeur d’émissions de Gaz à Effet de Serre, d’épuisement des ressources et d’affaissement de la biodiversité, participant activement au changement climatique, nous nous engageons à optimiser les outils numériques pour limiter leurs impacts et consommations.

2 – Parce que les services numériques peuvent être sources d’exclusion sociale, d’individualisation et d’obsolescence matérielle et logicielle, nous nous engageons à développer des offres de services accessibles pour tous, inclusives et durables.

3 – Parce que l’avenir des organisations passe par un usage du numérique transparent et rassurant pour tous, nous nous engageons pour des pratiques numériques éthiques et responsables.

4 – Parce que la transition vers un numérique responsable est indispensable pour assurer la résilience des organisations, nous nous engageons à rendre le numérique mesurable, transparent et lisible.

5 – Mais aussi parce que le numérique est un formidable levier de création de valeurs, et parce que demain s’écrit aujourd’hui, nous nous engageons à favoriser l’émergence de nouveaux comportements et valeurs.

Le Green IT

Le Green IT a été créé en 2004, c’est un regroupement d’entreprises du numérique qui s’intéressent, à la sobriété numérique, à l’écoconception des services numériques, à la lowtech, et plus globalement à un avenir numérique alternatif.

Les actions du Green IT sont multiples :

  • Sensibiliser les entreprises et les professionnels du domaine grâce notamment, à un blog ainsi que des interventions et des conférences.
  • Conseiller et inciter les pouvoirs publics à légiférer et agir pour construire un avenir numérique soutenable et plus enviable pour nos enfants.
  • Produire des livres, des études exclusives, des méthodes, des référentiels,  des outils opérationnels, des guides, des lexiques, et des livres blancs, etc. pour aider les individus, les organisations, et les pouvoirs publics à passer à l’acte.

OpenStudio est fier d’avoir rejoint en 2020 cette communauté et de participer à cette sensibilisation des individus, notamment via son livre blanc sur l’intelligence artificielle.

Les légiférations du gouvernement et de l’Union Européenne

Via l’impulsion en autre du Green IT, le gouvernement français et l’Europe ont lancé ces dernières années de nombreux groupes de discussions autour du numérique responsable.

Les résultats et suggestions de ces groupes de discussions commencent à porter leurs fruits. On peut noter récemment :

  • La promulgation de la loi anti-gaspillage, qui oblige l’apposition d’un indice de réparabilité sur certaines typologies d’appareils électriques et électroniques (smartphone, ordinateur portable, lave-linge, téléviseur, etc.).
  • Le gouvernement a créé un espace en ligne de sensibilisation au numérique responsable.
  • Aujourd’hui même, le gouvernement examine un projet de loi visant à réduire l’empreinte environnementale du numérique en France.

Le numérique est aussi utilisé en tant que vecteur pour le développement durable des citoyens. La société Économie d’énergie accompagne via un ensemble de sites internet, depuis 10 ans,  les particuliers et les professionnels pour réaliser des économies d’énergie : par la rénovation énergétique, la renégociation de contrat d’énergie avec option énergies vertes et l’information sur les éco-comportements à impact.

L’Intelligence Artificielle est-elle éco-responsable ?

L’Intelligence Artificielle est un formidable outil pour de nombreuses applications : éviter la surconsommation d’énergie domestique comme le propose la solution Ecojoko, favoriser la ré-industrialisation responsable à l’image du projet porté par OpenStudio et l’Université d’Auvergne, et dans bien d’autres secteurs d’activités tels que la santé ou le secteur alimentaire.

Cependant, l’Intelligence Artificielle est également très énergivore et on se trouve face à un paradoxe dans lequel la solution proposée fait elle-même partie du problème.

C’est ce paradoxe qu’a soulevé Arnault Pachot, lors de son intervention à l’Université d’été 2020 de la Fondation E5t.

Pour aller plus loin sur ce sujet, vous pouvez télécharger le livre blanc sur l’Intelligence Artificielle et la Protection l’environnement.

Se sensibiliser au numérique responsable

Voici quelques liens pour poursuivre votre découverte du Numérique Responsable :