La génération Z sera-t-elle la génération numérique responsable ?

Publié le 26 juin 2023
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étudiants et le numérique responsable

Mardi 4 avril 2023. 18h30. Des membres de l’équipe OpenStudio assistent à une conférence à l’INSA (Institut National des Sciences Appliquées) de Lyon, lors de la première édition de La Semaine du numérique responsable, organisée par cette école. Tout au long de cette soirée, enseignants-chercheurs, représentants d’entreprises et de nombreux étudiants se sont succédé pour présenter, en 180 secondes chacun, des projets ou initiatives « numérique responsable ». Plusieurs étudiants, notamment du département informatique, ont ainsi évoqué avec passion leur engagement pour un usage du numérique plus respectueux de la planète. Cet échange avec la nouvelle génération – celle qui va bientôt intégrer le monde du travail – nous a interrogés sur leur façon de penser le numérique de demain. Les jeunes nés entre 1995 et 2010, ceux que l’on regroupe dans cette fameuse génération Z ultra connectée, seront-ils plus responsables dans leur manière de créer et utiliser les outils numériques ? Sont-ils assez sensibilisés à la pollution générée par ce secteur en plein développement ?

Une nouvelle génération en quête de sens dans son travail ?

Qu’ils se destinent à une carrière dans le numérique ou dans d’autres domaines d’activité, les nouveaux arrivants sur le marché du travail ont-ils le loisir d’aligner leurs convictions écologiques avec leur premier emploi ? Cet engagement pour la planète est-il d’ailleurs aussi ancré dans leur disque dur qu’on pourrait le penser ? Une étude réalisée par la société Yougov pour le site de recherche d’emploi Monster, confirme cette tendance de la « quête de sens » dans le travail. Selon les résultats de cette enquête, 78 % des 18-24 ans déclarent qu’ils n’accepteraient pas un emploi qui n’a pas de sens pour eux. La génération Z souhaiterait donc en grande majorité se rendre utile à la société à travers les missions qu’ils auront à accomplir dans le cadre de l’entreprise. Ils seront donc attentifs à l’impact social et environnemental de leur futur poste.

D’autres études plus généralistes, réalisées par le CREDOC (Centre de Recherche pour l’Étude et l’Observation des Conditions de vie) entre 2017 et 2019, confirment elles aussi l’anxiété des 18-30 au sujet des questions environnementales. En effet, le croisement des études concernant les « Conditions de vie et aspirations », les « Tendances de consommation » et les « Représentations sociales de l’effet de serre » montrent que l’environnement est la plus grande inquiétude de cette génération, 32 % d’entre eux déclarant qu’il s’agit d’une « préoccupation majeure ». Ce pourcentage n’a jamais été aussi élevé dans les précédentes études du CREDOC.2

Toutefois les préoccupations en tant que citoyens ne sont pas toujours les mêmes lorsqu’on se retrouve à chercher un travail. Une étude, menée cette fois par l’index RSE d’Universum3  révèle que dans la posture de candidat à un emploi, les engagements sociaux de l’entreprise passent au premier plan, autrement dit la prise en compte du bien-être des employés devient un critère de choix prioritaire devant les engagements écologiques. Selon l’étude d’Universum, 60 % des jeunes interrogés diraient oui à une proposition d’embauche, même si l’entreprise n’est pas alignée avec leurs valeurs, à partir du moment où la rémunération et le poste proposés sont intéressants. 14 % d’entre eux écartent même totalement la RSE de leurs critères pour choisir leur futur employeur.

Image de Rajeshwar sur Unsplash

Par exemple, chez les futurs ingénieurs et professionnels de l’informatique, les entreprises qui les attirent le plus sont loin d’être des exemples de sobriété. Le classement des entreprises qui font rêver les étudiants en 2023, toujours réalisé par le cabinet d’études Universum4, montre que les futurs ingénieurs convoitent des postes chez Airbus, Thales ou encore Google. Certes la méthodologie utilisée biaise les résultats puisque les étudiants ont eu à choisir parmi une liste préétablie de noms d’entreprises, toutefois on s’aperçoit que l’engagement écologique de leurs futurs employeurs passent bien après leurs aspirations à travailler pour les leaders de l’aéronautique ou du numérique.

Margaux Levisalles est la responsable partenariat et développement de l’association Latitudes, qui crée des programmes de sensibilisation et d’engagement citoyen autour d’un numérique responsable et engagé, auprès des étudiants et des entreprises. D’après son retour d’expérience, il y a tout de même eu une réelle évolution dans les consciences environnementales des étudiants : « Cela fait 6 ans que l’on intervient dans le monde étudiant, et on a observé un réveil des élèves qui veulent qu’on les forme au monde qui les attend. Ceci dit, j’ai l’impression que ce réveil est très différent en fonction de la typologie des établissements. On observe qu’il y a une conscience qui se développe plus promptement dans les écoles un peu généralistes type ingénieur, qui ont des cours de sciences humaines et sociales venant nourrir cette réflexion là. On a moins cette sensibilité sur des formations accélérées aux métiers du numérique, type bootcamp, et donc on observe un décalage de maturité sur le numérique responsable de la part des élèves. »

Le numérique responsable, un argument qui attire les nouveaux talents de la tech ?

Dans le vaste secteur du numérique, et plus particulièrement dans le domaine des data sciences, les entreprises ont de plus en plus de mal à recruter. La bataille est rude entre les entreprises de la tech qui veulent séduire les meilleurs profils et empêcher la fuite des talents hors des frontières françaises. Il paraît évident que les ESN (Entreprise de Service Numérique) ou les start-up en France auront dû mal à s’aligner sur les salaires et les conditions de travail proposés par les géants de la Silicone Valley outre-Atlantique. Cependant, cette quête de sens de la génération Z pourrait s’avérer une opportunité à saisir pour les entreprises qui s’engagent sincèrement dans le Green IT et l’IT for Green.

« Les profils de la tech sont aujourd’hui majoritairement issus de la génération Y et maintenant Z (25-35 ans) et cette génération a été très informée sur le changement climatique. Ils ne sont donc plus seulement en quête d’une carrière, mais veulent que leur travail ait un impact positif sur la planète.  »

Louis Bachet, Chef de projet chez OpenStudio, lors de la table ronde « Comment concilier les dimensions éthiques et environnementales avec les attentes commerciales d’OpenStudio ? », Séminaire du Cap Ferret, octobre 2022

L’argument de l’engagement numérique responsable devient un véritable facteur différenciant qui pourrait convaincre des nouveaux talents préoccupés par le changement climatique. Ils décideraient ainsi de rejoindre des entreprises parce qu’elles défendent de vraies valeurs écologiques, et pas seulement parce qu’elles offrent une rémunération plus alléchante. D’autre part, cette tendance pourrait aussi remettre en question les entreprises de la tech, en les incitant à modifier leurs habitudes et leurs modèles économiques, pour s’adapter à ce besoin de quête de sens de la génération Z. Indirectement, les Z pourraient donc avoir un impact positif sur les entreprises par leurs exigences en termes d’éthique et de respect de l’environnement.

«  On sent que les questions d’éthique et d’environnement prennent de plus en plus de place chez nos salariés. Pendant un entretien de recrutement, avant nous parlions surtout rémunération et évolution de carrière – qui sont bien entendu toujours des préoccupations fortes – mais aujourd’hui, les candidats évoquent de plus en plus souvent l’importance pour eux de travailler dans une entreprise respectueuse de l’environnement et qui porte des valeurs morales et éthiques. On ressent un besoin de sens dans les missions accomplies. »

Marie-Anne Exbrayat, Directrice RH OpenStudio, lors de la table ronde « Comment concilier les dimensions éthiques et environnementales avec les attentes commerciales d’OpenStudio ? », Séminaire du Cap Ferret, octobre 2022

Les écoles ont-elles intégré le numérique responsable dans leur formation ? 

Le numérique concerne tout le monde, quelle que soit la filière choisie par les étudiants, ils utiliseront forcément des outils numériques dans leur futur métier. Les ingénieurs et informaticiens auront néanmoins une responsabilité accrue puisqu’ils seront au cœur de la conception des logiciels, applications et sites internet de demain. Dans ce contexte de transformation écologique vers des modèles économiques plus durables au sein des entreprises de tous les secteurs, les écoles de l’enseignement supérieur (tout domaine confondu) ont-elles pris en main le sujet du numérique responsable et sont-elles en capacité de sensibiliser, à minima, leurs étudiants sur le sujet ?

Pour Noémie Gérard, étudiante à Télécom Saint-Étienne, qui vient de terminer son mandat de responsable RSE (Responsabilité Sociétale des Entreprises) au sein de la Junior Entreprise Inspire, le sujet du numérique responsable s’invite de plus en plus dans le programme de son école : « Anne-Claire Legrand, Responsable Sociétale et Développement Durable (RSDD), réalise un gros travail pour que le numérique responsable soit un axe qui prenne de l’importance à Télécom, et devienne même une priorité. Il y a un renouvellement des valeurs qui s’effectue, et au-delà il y a du concret avec le développement de nombreux modules sur le numérique responsable. » Toujours en ingénierie, Télécom SudParis annonçait intégrer un nouveau module intitulé « Consommation énergétique du numérique », pour la rentrée 2022 : l’objectif de cette nouvelle formation étant de sensibiliser les étudiants aux enjeux environnementaux du numérique.

Une tendance que confirme largement Margaux Levisalles, puisque son association Latitudes – qui propose des formations autours de la sobriété environnementale du numérique, mais aussi sur des questions sociales comme la diversité, l’accessibilité, le respect de la santé et de la vie privée – intervient auprès de 12000 personnes par an (étudiants mais aussi professionnels du numérique), et compte une centaine d’établissements et d’entreprises partenaires : « Soit il y a une réelle prise de conscience des directeurs d’établissements ou soit nous observons des poussés en interne de professeurs qui créent des îlots de réflexion sur le sujet. Souvent, ils commencent par lancer des petits modules dans leur cours, et ensuite ils se regroupent pour demander des mesures plus organisées, et plus institutionnalisées de la part des directions d’établissement, explique-t-elle, il y a 6 ans on intervenait dans les écoles pour faire de la pédagogie sur l’importance du numérique responsable, aujourd’hui ce sont les écoles qui font appel à nous avec la conscience qu’il s’agit d’un sujet essentiel. Mais souvent elles ne savent pas par où commencer, elles n’ont pas forcément les bons outils, et ont donc besoin d’être accompagnées. Évidemment toutes les écoles ne sont pas pro-actives mais en tout cas le discours et les points sur lesquels on doit faire de la pédagogie ont évolué au fil des années. »

En dehors des filières du numérique et de l’ingénierie, voici un exemple concret avec une école d’Aix-en-Provence, l’ESCAET, qui forme les futurs professionnels du tourisme, et commence petit à petit à intégrer le sujet du numérique responsable dans son programme. Cyril Blanchet, directeur de la pédagogie, publication et recherche à l’ESCAET, nous a expliqué les enjeux du numérique dans le secteur touristique :

« Le numérique est arrivé assez vite dans le tourisme, car nous sommes un secteur d’intermédiation. Il y a toute une économie autour des plateformes qui s’est créée rapidement (Airbnb, Kayak, etc.), l’expérience touristique fonctionne par le numérique, qui rend aussi tangibles les expériences de voyage. De ce fait, il y a deux dimensions qui sont en train de transformer nos programmes pédagogiques. Nous retrouvons d’abord une accélération des transformations liées au numérique (NFT, Blockchain, Metavers, web 3), puis en parallèle, une prise de conscience concernant le développement durable. Il y a des attentes des voyageurs, des acteurs du tourisme et des étudiants, ce qui implique d’aborder la thématique, quels que soient les enseignements proposés. Ainsi au regard de ces deux grandes transformations, nous retrouvons une nouvelle approche à prendre en compte : le numérique responsable. Nous l’avons ajouté dans le programme récemment avec un module sur le Green IT. Pour le moment, il est abordé sous forme de MOOC en ligne avec des idées assez théoriques et des illustrations, davantage portées sur la sensibilisation que sur la formation de compétences professionnelles opérationnelles. Cette démarche est complétée par différents intervenants sur des cours de RSE et de développement durable sur des BAC+5 qui seront amenés à créer des offres touristiques, manager des équipes et auront à terme un pouvoir de décision. Ils questionnent alors l’intensité du numérique sur l’expérience de voyage, du no-Tech, low-Tech, au high-Tech. Le sujet reste encore embryonnaire, mais cet aspect numérique responsable va s’implanter davantage dans le programme sur les prochaines années ».

« […], l’expérience touristique fonctionne par le numérique, qui rend aussi tangibles les expériences de voyage. » Cyril Blanchet, directeur de la pédagogie, publication et recherche à l’ESCAET. (Image par Ales Krivec de Pixabay)

Les entreprises sont-elles à la recherche de collaborateurs compétents et sensibles au numérique responsable ? 

Depuis quelques années, les écoles de l’enseignement supérieur intègrent de manière plus ou moins poussée les principes du numérique responsable dans leurs programmes, mais on peut se demander si de leurs côtés les entreprises recherchent des profils de collaborateurs sensibilisés aux impacts du numérique (pour ceux qui ne feront qu’utiliser les outils), ou formés à concevoir des solutions numériques sobres. « Ce n’est pas nous qui créons la demande des offres d’emplois, répond Cyril Blanchet, nous pouvons influencer les étudiants et donc le secteur, mais nous ne pouvons pas les former sur des emplois qui n’existent pas. Donc si la notion de numérique responsable n’existe pas dans la demande, on pourra toujours les sensibiliser comme nous le faisons, mais nos formations doivent répondre à des réalités d’un secteur qui dépendent aussi de ses acteurs ».

En effet, la prise de conscience peut arriver par la volonté des élèves sensibilisés à ces aspects et par les écoles qui mettent en place des formations en ce sens, mais si les entreprises ne sont pas réceptives à ce type de compétences, l’impasse ne sera pas loin. C’est d’ailleurs pour cette raison que l’association Latitudes intègre depuis 4 ans les entreprises dans ses cibles à former : « C’est tout l’enjeu systémique auquel nous sommes confrontés. Il faut qu’on réussisse à faire dialoguer des étudiants qui prennent conscience du sujet, et qui du coup ont envie d’être formés, avec des entreprises qui recrutent mais sans reconnaître encore ces compétences, et qui ne sont pas aidées pour le faire. Il faut des étudiants formés, mais aussi des entreprises réceptives et un enseignement adapté, sans ces 3 facteurs on ne peut pas avancer et c’est l’histoire du serpent qui se mort la queue. », admet Margaux Levisalles. 

Quoi qu’il en soit, même si les entreprises ne sont pas encore toutes dans cette démarche numérique responsable, former les étudiants aujourd’hui leur permettra certainement de répondre aux besoins de demain, lorsqu’ils arriveront dans le monde professionnel. Les connaissances acquises sur le sujet ne sauraient être inutiles, puisque la législation française oblige déjà les grandes entreprises à communiquer via un rapport extra financier sur leurs impacts sociaux et environnementaux et les TPE/PME commencent elles aussi à se doter de service RSE par engagement volontaire ou afin d’anticiper de prochaines lois plus contraignantes pour elles. « Notre but est aussi d’éveiller une conscience critique, complète Margaux Levisalles, on n’est pas là pour dire aux élèves ce qui est bien ou mal, on essaie de les inciter à aiguiser un regard critique sur leur métier et ce qu’on leur apprend afin qu’ils aient les bonnes cartes pour choisir le rôle qu’ils vont jouer dans cette société. Certes, tout le monde ne va pas travailler dans des entreprises à impact, mais ils peuvent aussi faire évoluer de l’intérieur leurs futures entreprises. »

D’autres indicateurs montrent que les entreprises prennent peu à peu le virage de la transformation écologique de leur activité, ou du moins tentent de réduire leurs émissions carbones et dépenses énergétiques. On voit notamment de plus en plus de sociétés de conseils et d’audits sur les questions RSE fleurir sur le marché pour les accompagner dans ce mouvement 6, ainsi que des certifications, comme le label Numérique responsable, qui attestent d’une véritable démarche RNE (Responsabilité Numérique des entreprises). Il serait donc étonnant que les entreprises ne soient pas intéressées par des profils sensibilisés au numérique responsable dans un avenir proche.  

Le numérique responsable est-il une évidence pour la génération Z ?

Penser que tous les étudiants d’aujourd’hui sont sensibles à la protection de l’environnement, ou sont des modèles de vertus écologiques, est clairement une erreur. Même si comme nous l’avons vu au début de cet article, ces sujets inquiètent une majorité d’entre eux, il y a aussi un certain sentiment d’injustice qui plane. En effet, pourquoi est-ce que ce serait eux, les jeunes de la génération Z, qui devraient se restreindre sur leurs trajets en avion ou changer leur manière de consommer le numérique, alors que les générations précédentes n’ont pas bouder leur plaisir à sur-consommer ? Noémie Gérard, étudiante à Télécom Saint-Étienne a eu l’occasion d’observer que certains élèves avaient du mal à appréhender le numérique responsable : « Lorsque nous avons travaillé sur une fresque du numérique, certains étudiants, déjà sensibles à la cause environnementale, étaient très intéressés mais il y a aussi beaucoup d’étudiants qui ont vécu ça comme une contrainte. Ils avaient l’impression de devoir se forcer à intégrer ces bonnes pratiques et ne l’ont pas pris comme un nouvel apprentissage bénéfique. »

Vous êtes enseignant-chercheur à l’université donc vous côtoyez des étudiants, les jeunes se sentent souvent très concernés par l’environnement mais ils sont aussi très connectés. Pensez-vous qu’il serait possible de demander à cette jeunesse née avec Internet d’utiliser le numérique de manière responsable ?

C’est une question qu’on me pose souvent. Moi j’ai 43 ans et c’est ma génération et celle de nos parents qui sont fautifs. Ce n’est pas raisonnable de demander aux jeunes de faire cet effort, alors qu’indirectement ils font déjà le job, parce qu’ils n’ont souvent pas beaucoup d’argent et qu’ils ne renouvellent pas leurs appareils numériques sans arrêt et les gardent même quand ils ont un écran cassé. Ce n’est pas parce qu’ils regardent Netflix qu’il faut leur jeter des cailloux, alors que nous nous sommes gavés de voyages en avion, de voitures neuves, d’appareils derniers cris, sous prétexte qu’on a réussi à obtenir une certaine sécurité financière. Alors les jeunes, qu’on les informe et qu’on leur fiche la paix. D’autant que les réseaux sociaux qu’ils utilisent sont pensés pour être addictifs comme la cigarette.

Vincent Courboulay, Enseignant-chercheur et co-fondateur de l’Institut du Numérique Responsable, extrait du livre « Intelligence artificielle et environnement : alliance ou nuisance ?« , aux éditions Dunod

Tout l’enjeu est de trouver les clefs pour les convaincre des bienfaits du numérique responsable, sans leur donner l’impression de se sacrifier dans la douleur. Noémie Gérard est persuadée que cela passera, entre autres, par la gamification des formations sur ce sujet : « Il me paraît pertinent de trouver des formats de sensibilisation qui soient des évènements joyeux et interactifs, il faut que les étudiants s’amusent tout en apprenant. Les messages sur le numérique responsable doivent se diffuser de manière informelle pour ne pas créer ce sentiment de nouvelles contraintes imposées. » 

De son côté, Cyril Blanchet constate que les étudiants ont besoin de sortir de l’aspect idéologique du développement durable pour s’engager réellement dans cette démarche : « Les étudiants ont connaissance des dérives environnementales que nous constatons aujourd’hui dans la société et dans le tourisme. En revanche, ils ont besoin de données claires et mesurables pour comprendre où sont réellement les problèmes, et quels leviers d’actions ils peuvent mettre en place pour y remédier. Ils ont besoin de sortir de cet affolement médiatique sur le climat pour être formés et prendre part aux transformations. Notre travail va donc être de leur donner des éléments concrets pour sortir des discussions de comptoir anxiogènes, voire contre-productives. Concernant la pollution liée au numérique, les étudiants, comme nous tous, avons conscience que les différents outils technologiques ne sont pas neutres pour l’environnement. Notre travail est maintenant de questionner cet impact et d’explorer les alternatives disponibles, par exemple, sur la communication digitale et sur la commercialisation d’une offre ou d’un service touristiques. »

Pour Margaux Levisalles, l’idée d’une « contrainte » associée aux principes du numérique responsable ne doit même plus être envisageable : « Il est crucial que ces sujets fassent partie intégrante des programmes et donc de la manière d’exercer leurs métiers. Ce ne sera plus une contrainte mais un vrai apprentissage. »

Les étudiants qui s’engagent pleinement dans cette voie du numérique responsable

L’autre façon d’entraîner un réel mouvement vers le numérique responsable auprès des jeunes de la génération Z passe aussi par l’exemple des étudiants déjà très engagés sur ce sujet. Noémie Gérard fait partie de ces étudiants conscients qu’un changement de paradigme est à opérer pour limiter les effets néfastes du numérique sur la planète. Pendant son année comme responsable RSE au sein de la Junior Entreprise Inspire (association Loi 1901), elle a notamment organisé des évènements à Télécom Saint-Étienne, avec des conférences sur la communication responsable et le numérique responsable : « Nous avons aussi créé des ateliers sur ces sujets pour les membres de l’association afin de les faire réfléchir en tant que citoyen. Et régulièrement nous postons sur nos réseaux sociaux des bonnes pratiques du numérique responsable. »

Autre exemple d’engagement fort, la manifestation Reboot !8, organisée en grande partie par des étudiants, pour des étudiants. L’objectif de cette semaine consacrée à la communication responsable (et par extension au numérique responsable, les deux étant intimement liés) est de former les étudiants à utiliser les outils de la communication en étant en phase avec les mutations générées par les enjeux environnementaux, et d’aller vers davantage de sobriété. 

À l’INSA de Lyon, une semaine de conférences consacrées au numérique responsable a été organisée par l’établissement en avril 2023, un évènement qui a mis en lumière l’engagement de nombreux étudiants. Certains ont présenté leur travail de recherche pour une IA frugale et donc moins énergivore, d’autres ont montré des projets de développement web et d’ingénierie concrets, menés en parallèle de leurs études, au service de la protection de l’environnement ou de causes sociétales.7

Luniwave est un exemple de solution numérique créée par des étudiants de l’INSA à Lyon, et qui a pour objectif de réduire les dépenses d’eau dans l’hôtellerie. Photo OpenStudio – Semaine du Numérique, Avril 2023, INSA Lyon.

Impossible d’être exhaustif, mais il existe pléthore d’initiatives lancées par des étudiants qui mettent leurs compétences techniques au service de solutions Green IT/ IT for green.

En croisant les enquêtes, les études et les témoignages de terrain, on peut conclure que la prise de conscience de la génération Z sur l’impact environnemental du numérique est une réalité. Cependant il y a encore un travail de fond à effectuer pour que les bonnes pratiques du numérique responsable soient reconnues comme une vraie compétence (par les étudiants eux-mêmes et par leurs futurs employeurs) et aller au-delà de la simple idéologie. L’objectif de ces prochaines années, pour les écoles spécialisées dans l’informatique et l’ingénierie, comme dans toutes les autres filières qui utilisent les nouvelles technologies, sera donc de proposer des cursus qui intègrent le numérique responsable comme un apprentissage à part entière. La génération Z sera la génération numérique responsable, si et seulement si, les précédentes donnent l’exemple et les guident intelligemment sur cette voie de la sobriété.

Sources :

  1. https://www.monster.fr/recruter/ressources-rh/actu-rh/marche-de-l-emploi-et-tendances-rh/monster-x-etude-yougov-jeunes-et-1er-emploi/
  2. https://echooomagazine.com/generation-z-et-ecologie/
  3. https://www.novethic.fr/actualite/entreprise-responsable/isr-rse/decathlon-blablacar-carrefour-decouvrez-les-champions-de-la-rse-selon-les-jeunes-diplomes-151326.html
  4. https://start.lesechos.fr/travailler-mieux/classements/exclusif-voici-les-entreprises-qui-font-le-plus-rever-les-etudiants-en-2023-1942807#
  5. https://www.telecom-sudparis.eu/actualite/nouvelle-uv-pour-former-numerique-responsable/
  6. https://www.capitaine-carbone.fr/je-minforme/le-blog-du-capitaine/tout-savoir-sur-ces-entreprises-engagees-dans-la-sensibilisation-a-la-protection-de-lenvironnement/
  7. https://www.insatech4good.fr/
  8. https://www.rebootcommunication.org/